Des étoiles plein les oreilles avec la Concordia

La Liberté – Mardi 4 février 2020

L’orchestre d’harmonie de Jean-Claude Kolly, en concert ce week-end à Fribourg, crée une nouvelle oeuvre du compositeur suisse Oliver Waespi

« Oliver Waespi est un compositeur que nous aimons bien », confie Jean-Claude Kolly, chef de La Concordia. C’est à ce compositeur suisse que l’orchestre d’harmonie a commandé une nouvelle composition en vue des prochaines fêtes cantonale et fédérale. Il s’agit de Scorpius – Prequel, prélude ambitieux d’une oeuvre dont la suite est en cours d’écriture, qui a conclu, magistralement, le concert Jardin et mythologie donné dimanche à Fribourg face à une salle Equilibre quasi pleine.

Tout débute dans une ambiance cristalline installée tantôt par le piano, la harpe ou une flûte soliste. Lente et comme suspendue, inement moirée, toute la première séquence de Scorpius – Prequel est marquée par une constante recherche de couleurs au fil d’harmonies tendues. Puis il y a de l’éclat dans le premier fortissimo, rapide, tissé de rythmes complexes restitués avec précision : ça fuse, les percussionnistes sont au taquet et restituent avec vigueur ce que la partition peut avoir de fou et de sauvage. Une partition qui offre aussi des moments apaisés, que le chef conduit dans le souci d’une saine et ample respiration. Tout cela, dans la perspective d’un final explosif.

Si Scorpius – Prequel est un voyage dans la constellation du Scorpion, cette pièce fait écho à une autre composition aux accents interstellaires : la populaire suite de Star Wars qui a ouvert le concert. Avec son ensemble de cadets, La Concordia a donné de cette pièce de John Williams une interprétation pleine de jus et de chair, au son moelleux dans ses parties lentes. Dansant, le dernier mouvement est interprété avec un bon swing, impulsé par un Jean-Claude Kolly qu’on surprend à esquisser un pas de danse.

Mais la mythologie n’est pas seulement une affaire d’étoiles. Signée du compositeur espagnol José Suner Oriola, El Jardin de las Hespérides est une vaste fresque musicale qui relate l’un des travaux d’Hercule. La Concordia expose avec exactitude les premiers éclats sonores de la pièce, qui se posent sur les tons éthérés de la harpe et ceux, percussifs, du piano. Plus tard, c’est un tutti à la fois doux et brillant qui arrive, rendu en un mezzo-forte tendre. Mais l’harmonie sait aussi se faire déchirante dans ses phrases fortissimo, portées par l’éclat des trompettes ou le son cuivré des trombones. Et l’auditeur retient qu’il a entendu toute une histoire, racontée par une Concordia qui fait preuve de souplesse en traversant une ininité de climats musicaux, emmenée avec une précision d’orfèvre par un chef qui sait où il va.

Un éditeur peu coopératif a privé l’auditoire d’une autre pièce, japonaise celle-là, consacrée au même mythe gréco-latin. En remplacement, La Concordia a proposé Nimrod, pièce tirée des variations Enigma de l’Anglais Edward Elgar. Pensée comme un fleuve sonore lent, la version de La Concordia s’en révèle chaleureuse, phrasée en traits longs, et chantante de bout en bout.

Daniel Fattore



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