La Concordia révèle son potentiel symphonique

La Liberté – Jeudi 3 novembre 2022

La Concordia joue la Première symphonie de Mahler ainsi que des oeuvres de Bruckner et Wagner samedi à Guin.

Avec trois oeuvres du grand répertoire romantique à son programme, l’harmonie La Concordia affiche ses ambitions symphoniques. Le concert de samedi, au Podium de Guin, s’inscrit dans la programmation de haut vol et stimulante de Jean-Claude Kolly. Après entre autres une soirée entièrement dédiée à des compositrices, le chef poursuit sa quête de défis musicaux. Il souligne l’importance pour une société de musique de se renouveler, mais aussi de se fixer des objectifs exigeants : « Il est nécessaire de faire découvrir un répertoire différent aux musiciens », savoure Jean-Claude Kolly.

De fait la Première symphonie de Mahler a obligé La Concordia à « travailler d’autres aspects du jeu qu’avec notre répertoire habituel » et les musiciens à « se surpasser ». La difficulté tient entre autres à la transcription des parties de cordes, qui doivent être prises en charge par les vents. « Tout n’existe pas pour harmonie. Et il faut trouver de bons arrangeurs », rappelle le chef. Cette Titan est d’ailleurs à sa connaissance la seule symphonie de Mahler dont la transcription est complète. Elle est même toute récente – elle date de 2016 – et l’éditeur spécialisé n’avait encore jamais vendu la partition quand il l’a commandée.

Concrètement, les parties pour cordes sont redistribuées entre différents registres et distinguent solos et tutti à l’intérieur d’un même registre. « Les cordes ont la chance – ou la malchance – de jouer tous les traits difficiles », détaille Jean-Claude Kolly. Les clarinettes sont habituées, moins les euphoniums et les basses. Les pupitres graves en particulier « ont beaucoup plus à faire ». Les armures à quatre, parfois cinq voire six dièses offrent en plus du fil à retordre : « Les musiciens transpirent un peu plus que d’habitude ». Mais Jean-Claude Kolly a confiance dans leurs capacités : une première incursion, il y a quelques années, dans une oeuvre symphonique transcrite pour harmonie (c’était la Symphonie fantastique de Berlioz) l’avait convaincu de retenter l’aventure.

Bien sûr, malgré la grande qualité de l’arrangement signé José Schyns, que le chef juge très réussi et passionnant, « il y a des choses qu’on ne pourra jamais faire. Cela reste un exercice de style. C’est un tube et on s’expose. Mais il y a des couleurs exceptionnelles, on dépasse l’exercice, on dépasse le texte », estime Jean-Claude Kolly.

En attendant ce plat de résistance de près de 50 minutes, La Concordia interprétera également dimanche la Kleine Orchesterstücke de Bruckner, qui n’est « pas un petit Bruckner », contrairement à ce que suggère son titre… suivie d’une suite sur des airs de l’opéra Das Rheingold de Wagner, dirigée par Nicolas Mognetti.

Elisabeth Haas