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Un programme de musique russe séduit le public singinois

La Liberté – Lundi 11 novembre 2013

La Concordia, une harmonie attentive à la gestique ample et précise de son chef, Jean-Claude Kolly / Photo Vincent Murith

Guin – Avec Moussorgski et Tchaïkovski, c’est à un tour en Russie que la Concordia a invité son public, sous la baguette de Jean-Claude Kolly

A voir et à entendre. Une symphonie, un Mont chauve et des tableaux comme s’il en pleuvait, comme si chacun était invité à se balader dans une de ces expositions mondaines à ne manquer sous aucun prétexte. La Concordia a proposé dimanche un menu généreux à un public singinois fidèle. Entièrement constitué de transcriptions de pièces romantiques russes, le programme de ce concert de gala a séduit l’audience, qui a trouvé place sans peine dans la salle Podium de Guin. En cicérone averti, Jean-Claude Kolly, chef titulaire de l’ensemble d’harmonie, a assuré avec grâce et brio la visite guidée des fameux «Tableaux d’une exposition» de Modeste Moussorgski.

L’auditeur perçoit une discrète tension dans les premières notes de la «Promenade» qui ouvre l’oeuvre, jouées à un tempo soutenu. Il est conquis par les couleurs pastel, laiteuses, des bois. Plus loin, il y a de la fulgurance dans «Gnomus», description musicale du premier tableau, qui précède une ambiance élégante et aristocratique de la deuxième promenade – une ambiance portée par les flûtes de La Concordia. Plus tard, quelques moments descriptifs font naître des images, tantôt charnues, tantôt rehaussées d’une pointe d’acidité. Le public se souvient du «Marché de Limoges », où les clarinettes font montre d’un bel abattage et où l’orchestre fait la preuve d’une maîtrise calculée des nuances. L’auditeur retient aussi l’énergie du mouvement «La cabane sur des pattes de poule», porté par une grosse caisse vigoureuse et où les cuivres sont à la fête, quitte à forcer un peu leur talent. Ce moment musical précède le tableau de «La grande porte de Kiev», ample, brillant et empreint d’une coruscante solennité. Les bras grands ouverts, Jean-Claude Kolly donne à ce dernier mouvement de l’oeuvre toute l’ampleur qu’elle réclame, et soulève ainsi l’enthousiasme de l’auditoire.

La première partie donne le ton : le programme ne manquera pas de couleurs. De façon passionnée, La Concordia ouvre les feux avec une belle exécution du final de la quatrième symphonie de Tchaïkovski. Cette version a pu paraître sèche, ce que l’on peut imputer à l’acoustique de la salle. Elle a surtout été un moment de grande précision musicale. Si le jeu des percussions s’avère d’une grande clarté, les différents registres de souffleurs se passent idéalement la balle : les flûtes sont chatoyantes, les cors font montre d’une chaleur indéniable.

Enfin, l’exécution de «Une nuit sur le Mont Chauve» de Modeste Moussorgski est le fruit d’un travail approfondi sur les nuances, qui savent se montrer tour à tour sereines et furieuses. L’auditoire retient par ailleurs la lisibilité de l’exécution. Celle-ci donne à entendre des cuivres et des percussions qui claquent, et recèle quelques instants dansants. Et pour donner à entendre tout l’univers de cette pièce fameuse, Jean-Claude Kolly n’hésite pas à solliciter, d’un geste efficace, le meilleur de ce que chaque musicien peut donner. Ample et précis, le résultat se révèle enchanteur.

Daniel Fattore



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